Chaque année le Québec accueille environ 30 000 immigrants économiques. Il faut dire que le Québec ne ménage pas ses efforts pour séduire des immigrants qualifiés et en particulier des francophones. Mais surmonter le dédale administratif permettant l’obtention des “papiers” qui ouvrent la possibilité de venir s’installer au Québec, n’est en rien une garantie de “passeport pour l’emploi”.
En effet, nombreux sont les immigrants, qui malheureusement déchantent devant leur difficile intégration au marché de l’emploi québécois. Le défi est de taille notamment lorsque l’immigrant a la “malchance” d’avoir étudié dans un domaine régi par un ordre professionnel. Les
45 ordres professionnels, que compte le Québec, réglementent l’exercice de leurs professions respectives et contrôlent l’intégrité et la conduite de leurs membres, notamment en imposant un code de déontologie.
Souvent, l’ordre exige que l’immigrant suive un complément de formation, or il n’est pas toujours possible pour celui-ci d’obtenir cette formation dans le système scolaire, parce que l’établissement (universitaire ou autre…) peut lui refuser l’accès au cours, ou peut très bien ne pas l’offrir à ce moment : programme contingenté, formation d’appoint trop pointue ou trop partielle, manque d’inscriptions…C’est ainsi que de nombreux ingénieurs, médecins, Maghrébins, Africains, Latinos ou Indiens, parfois même Européens, se retrouvent taxis, livreurs de pizzas, simples ouvriers à la chaîne… et pour beaucoup d’entre eux, cette déqualification les conduit à travailler au noir.
Est-ce vraiment une perte pour l’économie québécoise ? On pourrait le penser à voir tant de matières grises qui pourraient être exploitées à meilleur escient. Mais je crois surtout qu’il y a beaucoup de non-dit sur le sujet, pour ne pas dire, de “menteries” comme on dit ici. Beaucoup d’immigrants sélectionnés par le Québec ont l’impression d’avoir été choisis sur la base de leurs compétences ou de leurs diplômes. Et, il est vrai que d’ici quelques années se profile un manque criant de main d’œuvre; d’où cette politique volontariste pour attirer cette nouvelle main d’œuvre. Mais, l? où les choses ne semblent pas claires, c’est que les véritables besoins seraient surtout du côté des métiers peu qualifies (construction, machinistes, etc…).
Alors, compte-t-on vraiment sur des immigrants hautement qualifiés pour combler cette carence de main d’œuvre? J’ose espérer que non, car cela ne ferait qu’alimenter la frustration des nouveaux arrivants, réduisant les chances d’une intégration réussie.
Il faudrait peut être davantage réfléchir sur les moyens permettant aux immigrants hautement qualifiés de trouver des emplois correspondant mieux à leurs compétences et à leurs attentes … ou alors il faudrait peut être changer la cible des immigrants économiques que le Québec recherche. Après tout, il en va de la richesse du Québec de demain !