Mariages tunisiens : l’été à la salle des fêtes, l’hiver au Palais de justice !
Alors que la saison des mariages bat son plein, une voix cynique pourrait demander combien de ces nouveaux couples survivront plus d’un an… combien finiront au Palais de Justice après que l’épouse soit retournée au bercail parental y trouver refuge, une fois la noce finie et les illusions des premiers mois (ou premières semaines) passés (ées).
Mais que se passe t’il donc dans le contexte tunisien qui puisse expliquer que ce pays affiche l’un des taux de divorce les plus élevés au monde ? (le 4ème plus exactement).
Serait-ce parce que beaucoup de mariages sont davantage le résultat d’obligations sociales que le fruit mature d’une rencontre amoureuse et d’un couple qui a appris à connaître les innombrables qualités mais aussi les insondables défauts du partenaire ? Par « obligations sociales », il faudrait bien entendu comprendre les pressions familiales qui s’abattent sur les célibataires garçons et filles, qui passés un certain âge, sont l’objet de toutes les inquiétudes des mères qui craignent de subir le terrible regard réprobateur du voisinage et la systématique inquisition qui l’accompagne.
Serait-ce parce que l’évolution sociale des mœurs tunisiennes demeure incomplète? Que devant des traditions qui perdurent et devant l’immobilisme des mentalités dans de nombreux milieux (populaires ou non), les progrès de l’individualisme et du féminisme sont encore trop timorés ?
Une fois encore sévit sans doute ici le terrible syndrome dont souffre de nombreuses sociétés arabo-musulmanes : le fameux « cul-entre-deux-chaises », un modèle occidental honni et envié, un modèle traditionnel oppressant mais respecté. Pour preuve, l’hypocrisie sociale qui consiste à jeter l’opprobre sur un concubinage illicite qui pourtant permettrait aux couples d’éviter le saut vertigineux vers l’inconnu d’un ménage à deux jamais expérimenté.
En Tunisie, plus encore qu’ailleurs, l’organisation d’un mariage dans une famille semble faire perdre la raison à tout le monde: dépenses somptuaires, épate et tape-à-l’œil pour deux ou trois jours « de fête » sont monnaies courantes, quitte à ce que cela signifie l’endettement inconsidéré des parents. Une fois encore, le poids du « qu’en dira t’on » dépasse de loin la question de l’union de deux individus qui se sont choisis pour construire leur vie ensemble.
A cela s’ajoute la difficulté du quasi impossible dialogue hommes-femmes particulièrement aigu chez les Arabes (ici).






je suis tout à fait d’accord que le problème est énorme, mais je ne suis pas du tout du même avis que toi quant à l’analyse des causes.
tu as évoqué comme problèmes obligations sociales, je croit que ce phénomène se trouve de moins en moins présent dans nos mariages contrairement à l’évolution des taux de divorce.
tu as aussi évoqué l’évolution incomplète des mœurs, et le tiraillement entre 2 modèles l’un honni et l’autre oppressent, ça revient au même à la fin, mais il faut aussi voir que le modèle oppressent a fait moins de dégâts quand il régnait. je sais que c’est des explications subjectives, d’ailleurs comme les tiennes, qui représente un penchant vers un modèle déterminé.
mais laisse moi poser des questions:
- nos jeunes, qui se sont habitués à des relations copin-copine des l’age de 18 ans (pour ne pas dire moins), des relations qui ne durent que quelques mois (au plus), comment peut il après 12 ans de vie comme celle la (supposons qu’il va se marier à 30) supporter une vie avec une seule personne pour le reste de sa vie?
il est inutile de rappeler dans quel sens vont ces relations, mais tu peux lire cet excellent post de cactussa http://cactussa.blogspot.com/2008/07/tu-ne-seras-pas-diffrente.html.
- dans un monde ou les apparences règnent, comment un homme peut il résister aux tentations des filles qu’il croise tout au long de sa vie, avec des habits et des attitudes de plus en plus provocantes, et comment une femme peut résister à ne pas concurrencer les autres femmes à acheter des vetements de marques internationales, à aller en vacances d’été et d’hiver, à aller chez tel coiffeur…….?
- on a appris des nos jeunes ages qu’il ne faut qu’un seul commandant pour un bateau, mais notre société veut faire croire à la femme qu’obéir à son mari est un signe de dégradation et de soumission, et non pas un signe de respect. comment une famille qui a un problème de commandement peut survivre?
je crois qu’il faut faire des études sérieuses et indépendantes sur le sujet, qui ne soient pas influencées par une obsession d’avoir juste des résultats qui approuvent la politique suivie des l’indépendance dans la question sociale. les intelligents ont la qualité d’accepter de changer d’avis quand ils découvrent qu’ils se sont trompés.
Est-ce que t’as la source du classement des pays en nb de divorces?
Faut pas oublier la sexualité aussi, surtout, à ma connaissance une des principales raisons de divorces en Tunisie.
@ Houssein :
Tu as sans doute raison concernant les problèmes de sexualité. Dans ce domaine, il y a tant de frustrations, de tabous et de méconnaissances, qu’il est difficile pour les gens d’apprendre à s’épanouir sereinement dans l’intimité de leur couple. (Je crois que les excès dans un sens en entraînent d’autres à rebours ! …)
De plus, pour expliquer, le cas tunisien, je n’ai pas explicité un point pourtant crucial : le fait, tout simplement, que le droit au divorce y est maintenant reconnu depuis longtemps, ce qui distingue la Tunisie de ces voisins maghrébins, et plus particulièrement la Tunisienne de ses homologues nord-africaines. Ainsi au Maroc, le nouveau code de la famille prévoit le divorce (depuis la réforme de la Moudawana décrétée par M. VI en 2003), mais pour les femmes qui le demandent c’est souvent le parcours de la combattante pour obtenir gain de cause devant les tribunaux … Sur ce point, ont peut dire que les mœurs tunisiennes ont atteint une certaine maturité mais cela a d’autres contreparties en révèlant notamment les failles dans les relations hommes-femmes en Tunisie .
En ce qui concerne la source, j’ai trouvé l’info dans plusieurs sites.
http://www.hammam-ensa.com/index.php?art_id=441&cat_id=43
http://tunisiawatch.rsfblog.org/archive/2007/02/10/la-tunisie-quatrieme-dans-le-monde-en-taux-de-divorce-le-plu.html
On y site l’étude d’un sociologue tunisien Belaid Oulad Abdallah.
” En tête des causes du divorce en Tunisie remarque le scientifique interviennent les problèmes sociaux à 48.30%, les problèmes d’incapacité physique dont l’inaptitude à la conception à 22.70, les problèmes sexuels dont l’adultère et la jalousie à 15,80% alors que les problèmes matériels dont la pauvreté sont à 13,20%.”
Je n’ai pas lu l’enquête du sociologue mais a priori certaines choses me semblent imprécises. Par exemple, je ne sais pas exactement ce que recouvre la catégorie “problèmes sociaux” et comment il la distingue de la catégorie “problèmes matériels”.De même, la jalousie ne me semble pas relever de la catégorie “problèmes sexuels”…. mais bon, cela peut se discuter. Ceci dit, je pense que l’inquiétude de ce sociologue est justifiée.
Un autre chiffre cité dans ces deux sources est alarmant, celui des jeunes qui n’ont pas l’intention de se marier: ” D’après une récente étude nationale qui a concerné 10 000 jeunes âgés de 15 à 25 ans, 50% des jeunes tunisiens ne compte pas se marier ni fonder une famille”.
Certes, à 15 ans, on peut comprendre que l’on a d’autres choses à penser qu’à faire des enfants et s’engager avec un partenaire, toutefois cela révèle combien le mariage n’a pas bonne réputation chez les jeunes ! Avec une telle vision négative dans cette génération, les choses ne sont probablement pas prêtes de s’arranger rapidement .
Problèmes sociaux veut probablement dire : famille, belle-mère, ami(e)s, etc.
Sinon, ce que je trouve étonnant c’est la 4ième place au monde, c’est pour ça que je voulais voir des sources là dessus !!
Parce que, malgré le fait que le divorce soit “institutionnalisé” en Tunisie, il n’est pas moins socialement condamnable. Les femmes divorcées sont marginalisée et rejetées, surtout dans les régions…
En tunisie, on a pas besoin de l’île de la tentation puisque déjà la tentation de la rue se fait grande .
Je vous sent pensif léonard ce soir .