Tunisie : encore des manifestations…
À la une de La Presse d’aujourd’hui :
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Et si ce n’était pas qu’une journée…???
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” Il ne faut pas avoir peur d’investir, car quand nous investissons, nous récoltons. Je vous invite tous à investir dans ce pays, nous nous devons de le faire pour la Tunisie et de profiter de la politique d’attraction des investissements directs étrangers initiée par le président Zine El Abidine Ben Ali ” Mohamed Sakher El Materi, président du Groupe « Princesse El Materi Holding » (ici)
Sa langue a fourché. Il s’est trompé d’un pronom personnel, il voulait dire plutôt: « Il ne faut pas avoir peur d’investir, car quand VOUS investissez, NOUS récoltons »
” Nicolas Sarkozy a “une analyse ? courte vue” sur la Tunisie, lourde de conséquences. Ceux qui pâtissent le plus du régime Ben Ali “ne sont pas les terroristes, mais les démocrates tunisiens”. Une telle politique ne fait que “renforcer la montée de l’extrémisme”. “
Comme tout support de communication, Tunisie Plus respecte scrupuleusement les fondamentaux de ce genre d’exercice. En témoignent ces six jolies pages d’actualités infligeant aux lecteurs un élogieux portrait de la nouvelle « pédégère » de la Banque de Tunisie, la charmante Alia Abdallah (Lire ou relire dans Bakchich : Les Trabelsi mettent le grapin sur la banque de Tunisie) ou encore les niaiseries d’une cheftaine d’entreprise française découvrant les bienfaits de la Tunisie (« Le président Ben Ali dirige le pays d’une façon intelligente en le faisant progresser sûrement et en lui assurant un développement économique régulier »). Le tout sans oublier bien sûr de vanter les atouts du pays : l’énergie solaire, le tourisme, l’indépendance des femmes… Même l’entreprise Sagem a droit à deux pages. Il faut dire qu’elle a eu le bon goût de « parier sur la Tunisie dès 2002 ».
« Tunisie Plus » a été lancé par l’homme d’affaires Hosni Djemmali, richissime propriétaire du groupe hôtelier Sangho, qui ne résiste pas au plaisir de signer l’éditorial de son magazine. Et avec quel talent ! « Trop souvent, l’information nous manque et cède le pas à la polémique. Du coup, elle passe sous silence les réalisations, les projets, les espoirs et les ambitions qui, de part et d’autre de la Méditerranée, animent tant d’hommes et de femmes. Ceux-là , ceux qui entreprennent et veulent construire un monde meilleur, n’ont pas ? leur disposition un outil d’information qui leur apporte les nouvelles des uns et des autres et leur explique les faits sans leur imposer un jugement. Tel est notre souci. Tel est notre défi. » On en redemanderait presque.
Mais après tout, pourquoi pas ? Belle preuve de savoir faire, le tour operator a su convaincre beaucoup de journalistes (Le Parisien, Le Figaro…) de venir servir la soupe au régime dans son canard en papier glacé. Les people y vont aussi de leur étalage de pommade. Outre Frédéric Mitterrand, l’inénarrable Nelson Montfort fait part de son expérience de grand reporter dans les golfs du monde entier. Son verdict sur les greens tunisiens : « ici plus qu’ailleurs, au fameux dix-neuvième trou (…) vous attend ce qui récompense ou console : le sourire ».
Qu’on se rassure, formé de plumes de la presse française, un comité éditorial veille à l’objectivité des « informations » fournies par ce joyeux magazine. On y trouve Michel Schifres, président du comité éditorial du Figaro. Ou encore le jeune Nicolas Charbonneau, ex Europe 1 parti à I-Télé. Ce dernier est également co-auteur de plusieurs pamphlets, dont Le Roi est mort, vive le Roi ! qui dénonce la permanence depuis 1789 des mœurs monarchiques dans la classe politico-journalistique française. Ah, que ne ferait-on pas pour la belle Tunisie de Ben Ali…
Source : Bakchich
Dans une interview accordée à la « Pravda tunisienne » La Presse (ici), Antoine Sfeïr ne tarit pas d’éloge sur la Tunisie et surtout la clairvoyance de son président. Rien de véritablement surprenant de la part de l’auteur du « chier d’œuvre »: Tunisie, terre de paradoxes (ici) paru en 2006.
Comment jugez-vous le rôle de la Tunisie dans l’évolution des relations au sein du bassin méditerranéen ?
D’abord, politiquement, la Tunisie est devenue, contre vents et marées, une sorte de pont qui relie des gens qui ne se parlent pas. On l’a déjà vu lors du processus du 5 + 5. On le voit, aujourd’hui d’une manière très nette entre les pays du Maghreb et du Machreq de la rive sud d’un côté et ceux de la rive nord de l’autre. Économiquement, ensuite, et étant donné la présence de plus en plus accrue d’entreprises européennes, notamment françaises — 2300 sur les 3000 existantes —, la Tunisie peut devenir une base de ré-exportation ? partir du pays vers le reste de la région méditerranéenne.
Oui c’est sûr, la Tunisie, contrairement à d’autres, ne peut pas se targuer d’avoir un président bling bling. Lui et les siens préfèrent s’enfermer dans son palais de Carthage (ici et là ). La discrétion est son maître mot. D’ailleurs les médias tunisiens démentent rarement ce fait. Lisez donc La Presse et vous verrez …
Croyez-vous qu’il s’agit-là d’une reconnaissance du modèle tunisien ?
Oui, je le crois. J’en suis même persuadé. Avant 2001, la Tunisie était une cible trop facile pour certains. Après 2001, elle a commencé à intriguer et à susciter l’intérêt des gens qui venaient constater de visu ce qui se passe dans le pays. Aujourd’hui, avec cette posture affirmée et ses convictions déclarées, non seulement au sein du bassin méditerranéen, mais aussi sur la scène internationale — n’oublions pas que le Fonds mondial de solidarité est une initiative bien tunisienne adoptée à l’unanimité par l’ONU — il y a une reconnaissance, ? la fois, des opinions publiques et des gouvernements qui voient en la Tunisie un modèle à tous les niveaux, à savoir du Chef de l’Etat, du gouvernement et du peuple tunisien dans son ensemble.
Troubles sociaux meurtriers au Maroc et en Tunisie
” Des violentes émeutes ont éclaté ces derniers jours à Sidi Ifni et Gafsa, localités situées respectivement au Maroc et en Tunisie. C’est le chômage, couplé à l’absence de perspectives, qui a conduit, les 6 et 7 juin, des chômeurs à descendre dans les rues de ces deux petites villes, perdues à des centaines de kilomètres au sud de Rabat et de Tunis. “” Les mineurs de Redeyef se plaignent d’être otages d’un potentat local qui est à la fois patron, délégué syndical et député du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), le parti au pouvoir. Ils accusent également la police de se livrer régulièrement à des provocations et ? des pillages. Les femmes sont aux premières loges de ce combat contre le pouvoir. Fait exceptionnel : elles étaient nombreuses, samedi, à assister à l’enterrement du jeune tué la veille par la police.
” Comme s’ils se sont passé le mot, les jeunes du Maghreb investissent la rue pour éructer leur colère d’être des éternels laissés-pour-compte.”
” Qu’ils soient Algériens, Marocains ou Tunisiens, les jeunes révoltés n’ont désormais qu’un seul exutoire : la rue. Moralité, les maux de la jeunesse au Maghreb n’ont pas de nationalité. A défaut d’une union maghrébine qui aurait pu booster les économies des trois pays, on assiste plutôt à la « naissance » d’un rassemblement maghrébin de la colère. C’est le terrible boomerang de la jeunesse de la région aux régimes des trois pays. “
Le front social gronde en Algérie, au Maroc et en Tunisie
” Si les pays du Maghreb ont échoué à réaliser leur union, ils ont néanmoins réussi à avoir un dénominateur commun : semer le désespoir parmi les populations.”
Ps : l’illustration est une caricature modifiée publiée dans Bakchich