Mercredi 12 mars 2008: Journée pour la liberté d’expression sur internet

Reporters sans frontières (RSF) lance le 12 mars sous le patronage de l’Unesco la première journée internationale pour la liberté d’expression sur internet, a indiqué l’organisation de défense de la liberté de la presse jeudi dans un communiqué.
Pour dénoncer la censure exercée par les gouvernements et réclamer davantage de libertés sur internet, RSF appelle les internautes à se mobiliser du mercredi 12 mars à partir de 11H00 jusqu’au 13 mars à 11H00 sur le site RSF.

 

Les internautes pourront “créer un avatar, choisir le message de leur banderole et prendre part à l’une des cybermanifestations qui auront lieu en Birmanie, Chine, Corée du Nord, Cuba, Egypte, Erythrée, Tunisie, Turkménistan et Vietnam“, indique RSF.
 
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Tunisie : un humoriste en prison, victime d’une machination juridico-policière

Tunis vient d’accueillir de grands humoristes durant son Festival du rire qui a eu lieu du 26 janvier au 2 février (ici). On a bien ri des imitations décapantes de personnalités politiques françaises présentées par le talentueux Yves Lecoq ou encore Anne Roumanoff. Mais en Tunisie, on rit des autres, jamais de nous-mêmes, l’humour s’arrête là , à la frontière de la dictature qui connait la force subversive du rire mais ne l’apprécie jamais. Hédi Ouled Baballah, vient de l’apprendre à ses dépens.
 
Achourouk et Le Quotidien, les deux porte-voix du ministère de l’Intérieur, annonçaient dans leur édition du 8 février, la condamnation le 4 février dernier par le tribunal de première instance de Ben Arous (banlieue de Tunis) de l’humoriste tunisien Hédi Ouled Baballah ? «un an de prison et une amende de mille dinars.» pour «détention d’une matière stupéfiante classée dans la catégorie B.» ; et l’article s’étale sur les détails peu crédibles de cette découverte «spontanée» par les services spéciaux lors d’un autre contrôle de «routine» !
 
L’humoriste audacieux, qui était accompagné d’un chauffeur dans une voiture de location, a été arrêté au péage du Mornag sur l’autoroute reliant Tunis à Hammamet pour un contrôle de «routine». Il avait été embarqué seul dans la voiture de la police et conduit au poste, tandis qu’un agent de police s’était chargé de conduire sa voiture ! Arrivé au poste de police, les agents ont prétendu avoir trouvé un sachet contenant quelques grammes de «Zatla» (cannabis) dans la boite ? gants de sa voiture au moment où ils l’ont fouillée.
 
Devant le tribunal de première instance où il avait comparu le lundi 4 février en état d’arrestation, il avait déclaré à la cour qu’il ignorait jusqu’à l’existence de ce sachet, étant convaincu qu’il est victime d’une machination et qu’il est en train de payer pour sa liberté de ton. Notons qu’il avait été contrôlé négatif au test de dépistage de la drogue auquel il avait été soumis durant sa garde à vue.
 
De nouvelles charges plus graves sont en train d’etre montées contre lui. Une instruction pour détention de fausse monnaie en devises vient d’être ouverte par le parquet de Ben Arous. La police prétend avoir « découvert » ces faux billets de devises étrangères à son domicile lors d’une perquisition effectuée alors qu’il était en prison.
 
Il va de soi que personne en Tunisie - à l’exception peut être de ses auteurs – n’ont pu ajouter foi à ce grossier mensonge. Toute la Tunisie est au courant que Hédi Ouled Baballah vient de produire un sketch où il imite le président Ben Ali. Ce sketch qui avait été présenté dans un lieu privé à Sfax, il y a environ trois semaines, a largement circulé en Tunisie de façon informelle par un enregistrement de téléphone portable.
 
C’est le deuxième que l’humoriste tunisien produit sur le même sujet. Après la production du premier sketch, il avait été arrêté par la police et conduit au centre de détention de Bouchoucha du 9 au 11 mars 2007. Il avait été violemment battu par les agents des services de sécurité durant sa garde à vue et avait, à sa libération, porté plainte pour «violences aggravées», mais sa plainte est restée sans suite.
 
Après cette «récidive», c’est une sale affaire de drogue qui a été montée contre lui pour le punir d’avoir transgressé les lignes rouges. Car il est interdit de rire du «Président» dans une dictature qui se respecte.
 
En mettant en prison un humoriste, le pouvoir est en train de créer une nouvelle icône de la dissidence, mais cette fois dans le monde artistique.

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Pour les tunisiens, voici les deux blagues qui ont fait le tour de la Tunisie grâce aux téléphones portables : la première imagine une conversation entre Saddam et Zaba (ici), la seconde met en scène Zaba et son fils (ici).

Chine : le ”Journalisme Citoyen” tue

Lorsque Wei Wenhu a vu les forces de l’ordre tabasser des villageois qui manifestaient, à Tianmen (centre), il a sorti son téléphone pour prendre des photos de la scène. Mais il s’est fait repérer, et une vingtaine de policiers se sont rués sur lui.
 
Il a crié qu’il était prêt à effacer ses photos et même à leur donner son téléphone. Rien n’y a fait. Wenhu a été si violement battu qu’il est mort à l’hôpital le jour même, le 7 janvier dernier. Cet incident déchaîne la colère des blogueurs, qui multiplient les hommages à ce «journaliste citoyen». Les autorités, sous pression, ont décidé de diligenter une enquête sur cette bavure. Elles ont même renvoyé le responsable des forces de police de la ville.

Dans un pays où les médias sont largement censurés, ce type de scandale éclate le plus souvent sur Internet.

Cliquez ici pour voir quelques exemples de vidéos et photos postées par ces « journalistes citoyens ».

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Je blogue pour la liberté d’expression : «Déclarations officielles»

Le 1er juillet prochain, les blogueurs intéressés sont appelés à faire vibrer leur clavier au nom de la liberté d’expression. Cette journée est une initiative non partisane, ouverte ? tous ceux qui ne supportent plus l’hypocrisie et la langue de bois, à ceux qui veulent briser les tabous qui étouffent les sociétés arabo-musulmanes.

 La liberté d’expression a été mentionnée dans plusieurs discours du Président tunisien :

Liberté d’expression comme droit fondamental :

 «Nous avons considéré la liberté d’expression et de presse comme un droit fondamental de l’individu et de la collectivité … La Tunisie, telle que nous en avions tracé les contours dans notre programme “Pour la Tunisie de demain”, est un pays qui accède à des niveaux d’invulnérabilité et de progrès toujours plus hauts, un pays qui s ‘emploie à s’élever du statut de pays émergent à celui de pays avancé, un pays où la liberté de presse s’en racine chaque jour davantage, où la liberté d’expression se manifeste sous ses plus nobles significations et au sein duquel le journaliste occupe la place qui lui revient afin de s’acquitter de la mission dont il est investi à travers des médias libres attachés ? la démocratie et qui se fondent sur l’objectivité, au service du pays et de l’aspiration de notre peuple à un avenir meilleur.» Célébration de la Journée mondiale de la liberté de la Presse, 2 mai 2005.

Attachement à garantir la liberté de l’esprit et la liberté d’expression :

«Nous avons considéré que le droit ? la production artistique et culturelle, ainsi que le droit d’accéder à la culture et d’en bénéficier, font partie intégrante des droits de l’homme. Nous avons garanti à tous la liberté d’expression, de création et de participation, afin de conforter le processus démocratique dans notre pays et de renforcer la coopération et la complémentarité entre l’ensemble des composantes de notre société.» Célébration de la journée nationale de la culture, 2 juin 2007.

 «Notre attachement à garantir la liberté de l’esprit et la liberté d’expression et de production, ainsi que l’attention globale que nous portons à la culture et la sollicitude dont nous entourons les intellectuels et les créateurs, témoignent du sens profond que nous avons de l’importance de cet enjeu déterminant.» 50ème anniversaire de l’indépendance, 20 Mars 2006.

Liberté d’expression, nouvel acquis depuis le changement :

«La liberté d’expression, d’information et d’accès aux données constitue une des dimensions évidentes du paysage national de la vie publique que nous consolidons continuellement et que nous approfondissons à chaque étape. Il importe de rappeler que tout cela était absent de notre réalité nationale avant le démarrage du processus du Changement, et n’était ni dans les habitudes des gens, ni même accepté par la culture qui prévalait alors, même dans le discours courant.» 57ème anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, 10 décembre 2005.

 Et pour vous rassurer :

«Dans la Tunisie du Changement, il n’est pas de place pour l’exclusion de l’opinion différente et nul n’a été ici traduit en justice en raison de ses opinions ou de ses choix politiques. A aucun moment, depuis que nous avons supprimé les tribunaux d’exception, dès l’aube du Changement, la justice n’a eu à se prononcer sur des affaires autres que celles qui sont en rapport avec des actes tombant sous le coup de la loi et touchant au droit commun.» La célébration de l’anniversaire de la proclamation de la République, 25 juillet 2001.

Humour, satire et ironie : l’art tunisien

Dans un post précédent (ici), j’ai eu l’occasion de mentionner comment les Tunisiens se moquent de la religion, du sexe et de la politique, leur façon bien à eux de faire voler en éclats les tabous. Depuis une semaine, plusieurs blogueurs-blagueurs tunisiens se «lâchent» et rivalisent d’audace et d’humour pour nous faire partager les meilleures histoires drôles du moment.
Dans mes recherches et cyber-pérégrinations sur le sujet, j’ai retrouvé une analyse socio-politique de Vincent Geisser* qui se penchait sur le sujet en 2001. Son texte demeure d’actualité. L’auteur, bien que n’étant pas tunisien, maîtrise bien l’art de l’ironie tunisienne. Je vous laisse apprécier…

En l’absence de procédures de consultation démocratiques et d’enquêtes d’opinion sérieuses, il est difficile de se prononcer sur les manières dont les Tunisiens appréhendent aujourd’hui le régime de Ben Ali, et c’est probablement l’une des grandes inconnues de l’équation politique tunisienne à venir : Ben Ali bénéficie t-il toujours en 2001 d’une certaine popularité et si oui, dans quels groupes sociaux à Bien que cette question soit digne d’une problématique policière, émanant de la DST ou des renseignements généraux, elle ne peut être totalement esquivée, au risque d’ignorer les attentes de la population tunisienne en termes politique et social. Le régime a d’ailleurs parfaitement compris son intérêt à maintenir les aspirations du peuple tunisien dans une véritable « boîte noire », la propagande officielle se chargeant de mettre en scène la grande comédie de la popularité de son Raïs. Peu importe que les Tunisiens soient mécontents, peu importe qu’ils aspirent à davantage de libertés civiles et politiques, la machine de la propagande benaliste fonctionne parfaitement, digne du fascisme des années trente, même si la Tunisie ne peut en aucun cas être comparée au totalitarisme soviétique ou mussolinien. C’est d’ailleurs le paradoxe majeur de ce pays moderne, où la société présente de nombreuses analogies avec les sociétés civiles pluralistes mais où le régime continue à se comporter comme au «bon vieux temps» des dictatures tiers-mondistes. D’une certaine manière, l’on peut dire que le pouvoir benaliste fait figure d’archaïsme politique, de vestige de l’histoire par rapport à une société tunisienne qui a largement évolué dans ses attitudes, ses comportements et ses mentalités. Un général d’opérette, aux cheveux teints et gomminés, aux costumes « trois pièces » rappelant ceux portés par Al Capone, gouvernant l’un des États du monde arabe qui compte pourtant le plus de médecins, de diplômés, de femmes actives, de scientifiques à la renommée internationale….Constat ô combien triste, qui donne parfois le sentiment que Ben Ali a été oublié dans le Palais de Carthage comme un vieux meuble laissé imprudemment par les déménageurs !

De ce tableau assez pessimiste, se dégage pourtant une petite lueur d’humour typiquement tunisien qui vient briser quotidiennement l’unanimisme et la monotonie de la vie politique : les blagues redoutables qui nous rappellent chaque jour que le peuple tunisien est loin d’être un troupeau de moutons et qu’il sait manier l’humour pour exprimer son mécontentent et son ras-le-bol. Et, sur ce plan, Ben Ali ne peut pas faire grande chose, à moins de jeter tous les « raconteurs de blagues » à la prison du 9 avril ou à celle de La Manouba. Mais précisément, tous les Tunisiens racontent des blagues et des petites histoires : les taxistes, les épiciers, les femmes de ménage, les garçons de café, les louagistes, les professeurs, les étudiants, les coiffeuses, les schourtis, les militaires, les prostitués, les vendeurs de glibette, les fonctionnaires, les agents de la CNSS, les banquiers, les parvenus, les nouveaux riches, les beldis.… Conclusion logique de ce tableau sociologique : tous les Tunisiens devraient donc aller en prison, parce qu’ils aiment raconter des blagues sur leur Raïs bien aimé ! »

« Dans cette cacophonie de blagues et de petites histoires tunisiennes, l’on devine aisément les spécificités propres à chaque groupe social, certaines étant plus raffinées que d’autres, même s’il faut avouer que les classes populaires sont généralement plus imaginatives en ce domaine que les classes moyennes et les nouveaux riches. Les blagues naissent rarement ? El Menzah, ? El Manar, à Mutuelleville ou à La Marsa, mais le plus souvent dans les faubourgs populaires de Tunis (Bab Jedid, Bab Souiqa ou Melhassine) et dans les nouvelles banlieues du sud de la capitale (El Mourouj I, II, III, IV, V, VI….), où viennent s’entasser les petits fonctionnaires qui ont acheté leur appartement avec un crédit de 15 ans ou 20 ans, autant d’années ? attendre pour devenir propriétaire d’un 80 m2 en Tunisie, autant d’années à être condamné à vivre avec Ben Ali ! »
« Outre leurs « logiques sociales », les blagues épousent largement les « logiques du moment », ce que certains appellent « l’air du temps ». Si Leïla T…, la « première dame du pays », la first lady des first ladies est sans aucun doute la vedette incontestée de l’humour populaire, elle n’a pas tardée ? être rattrapée par ses « petits frères » (les Trabelsi’s Brothers) qui figurent aujourd’hui au premier rang du hit-parade des blagues tunisiennes. Mais le Trabelsi Band est aujourd’hui menacé dans sa suprématie humoristique par le Chiboub Band, dont les succès sportifs ne suffisent pas à faire oublier les « succès commerciaux ». Et oui, la Tunisie de Ben Ali ressemble parfois à un grand jeu de Monopoly (la version tunisienne existe d’ailleurs), où les familles se partagent les maisons, les hôtels et les quartiers, avec la menace permanente d’échouer à la case « prison », le jour où le peuple tunisien aura décidé souverainement de changer les règles du jeu. »

Après les familles (registre familial), ce sont généralement les affaires intimes du couple présidentiel qui sont la cible de nos humoristes amateurs (registre sexuel) : force est d’admettre que si les Tunisiens aiment l’humour, ils aiment aussi le pimenter avec quelques références osées. Mais cette manière de mettre de l’Harissa dans les petites histoires de cœur de Zine et de Leïla (le couple bien aimé) tombe rarement dans la vulgarité, tout au plus, s’agit-il d’une grossièreté populaire bien maîtrisée ! Car finalement, l’objet de la blague sexuelle n’est pas d’étaler la vie intime du couple présidentiel sur la place publique (les Tunisiens sont trop pudiques pour cela) mais bien de dire haut et fort que la seule préoccupation du Raïs est de « niquer » son propre peuple, le mot « niquer » n’étant qu’un doux euphémisme pour désigner l’œuvre de spoliation quotidienne.
Enfin, le dernier registre des blagues populaires concerne le coût de la vie (registre économique), car les Tunisiens ont beau être des grands humoristes, ils sont aussi soucieux de leur pouvoir d’achat. Or, en dépit des déclarations officielles sur la « Tunisie, nouveau dragon africain », les Tunisiens ont majoritairement le sentiment que leurs conditions de vie se dégradent de jour en jour et, qu’ils seront bientôt condamnés à ne manger que des pâtes (Maquarounna) au déjeuner, comme au dîner. Qu’on se rassure, les macaronis tunisiennes sont les meilleures du monde et d’ailleurs, chaque fois que les émigrés reviennent au pays, ils en ramènent des paquets par centaines, car disent-ils : « nous préférons les Maquarounna tunisiennes à celles de Panzani ! » Quelle belle manifestation de patriotisme, n’est-ce pas ?

* Vincent Geisser : Politologue et sociologue, chercheur ? l’Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman (IREMAM/CNRS), enseignant à l’institut d’études politiques d’Aix-en-Provence, et l’auteur de plusieurs essais.

1er juillet 2007 : Libérons la Parole, Brisons les Tabous !

Samsoum invite les blogueurs à s’exprimer le 1er juillet pour libérer la parole et briser les tabous en Tunisie. Moi aussi je serai au rendez-vous et j’espère que les langues seront nombreuses à se délier !

Le journaliste politique allemand, Ulrich Wickert disait : «Même dans une société éclairée, les tabous nuisent aux causes qu’ils prétendent servir. Car ils provoquent des peurs et les peurs induisent des comportements irrationnels, y compris en politique

Dans la société tunisienne, à l’instar de bien d’autres sociétés arabo-musulmanes, les tabous sont au moins au nombre de trois: la religion, la politique et le sexe. Paradoxe : c’est aussi les 3 sujets qui monopolisent les esprits et occupent les conversations, mais ce évidemment par l’entremise de l’humour, de la satire et de l’ironie, art tunisien s’il en est … Impossible de voir se tarir le flot de blagues sur le couple présidentiel, la fameuse “famille royale”, sur des hommes de religion dont la sincérité de la foi se révèle incertaine ou douteuse, et évidemment sur le sexe. Le «tic» de langage symptomatique du Tunisien étant la mention systématique de son organe génital qui ponctue chacune de ses phrases…ou presque !

Pour ceux qui craignent les coups de ciseaux de “Scissor man” ne vous faites pas trop de souci avec cela : bientôt sa journée de travail sera courte, séance unique oblige et il n’aura pas bien dormi la veille : trop chaud, des moustiques en nombre et beaucoup de bruits (saison des mariages oblige !! :-) )

Soyons au rendez-vous !

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